Cher ELLE à table,
je ne t’ai jamais acheté mais je t’ai parfois feuilleté distraitement dans la salle d’attente du kiné. Tu m’émouvais avec tes pages froissées et tes fiches-recettes sauvagement arrachées par des mains avides de gratuité.
A l’instar de ces hommes que je croise parfois dans les rames de métro de l’Ouest parisien, tu n’étais pas mon genre, mais j’admettais ta beauté. Rien à voir avec ces épouvantails à côté des chewing-gums, juste avant la caisse, un Cyril Lignac vissé comme un pin’s sur la couverture, t’hypnotisant savamment de ses petits yeux plissés.
Non, toi tu es vraiment un beau magazine. De l’amuse-bouche à la tartelette, tout est frais et diaphane quand il faut, moelleux et réconfortant si besoin. Tu vas dans une ville lointaine et tu reviens avec de superbes photos des « spécialités inédites » de là-bas, agrémentées du portrait du chef du coin, qui a toujours une « vraie gueule », la peau tannée par des années de fourneaux.
Tes dossiers de style tels Un dimanche en bord de mer mêlent parfaitement recettes et art de vivre, à tel point que je ne peux plus me rendre à Deauville sans ce charmant panier, ce superbe plaid à carreau en laine d’Écosse et ce parfait petit chien qui fait le fou pendant que je déguste, cheveux dans les yeux et gros pull blanc cassé à torsades, le clafoutis aux tomates cerises que j’ai réalisé avant de partir. Je suis épatée, tu vends du rêve et tu le fais bien !
Il y a un peu plus d’un mois, tu m’as vraiment eue. Ton cake à l’orange en couverture du numéro de février m’a littéralement hypnotisée. J’ai désiré très fort mon cake d’hiver, moelleux, dégoulinant, un peu food porn… si fort que j’ai commencé à le préparer, pour me réveiller lorsque j’ai lu « 200 g de beurre » (ou pas loin).
ELLE à table, tu ne m’en voudras pas, je t’ai esquivé. Ce n’est pas seulement que ça me gêne un peu que tu présentes souvent la cuisine bio ou végétale uniquement comme un atout vitalité, détox ou minceur, ni que ça me froisse pas mal que ta maman, le ELLE normal, exhibe trop de femmes qui n’ont pas l’air de manger en une semaine le nombre de calories cumulé par 8 de tes fiches-recettes. C’est aussi et surtout, plus globalement, que j’ai l’impression de ne pas vivre dans le même monde que toi. Et tant qu’il n’y a que peu de chances que mon monde s’invite au tien (dis, tu me laisses écrire une pige ?), je n’ai pas trop envie de te laisser t’immiscer dans mon inconscient et mon estomac.
Non, je ne suis pas dure. Rêver c’est bien, se laisser inspirer c’est super, mais faudrait pas que tu nourrisses trop de complexes. Tu sais, dans la vraie vie on a parfois les cheveux gras et on fait des gâteaux humido-mietteux. Je sais, le concret, c’est pas vendeur…
Je te laisse, soulagée de t’avoir dit ce que j’avais sur le cœur.
BiÔna.
P.-S. Jte file la recette, si jamais tu veux goûter.
Vegan cake clémentine, épices et farine de châtaigne, glaçage clémentine.| Pour 1 petit moule à cake |
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60 g de farine de blé – 60 g de farine de châtaigne – 100 g d’huile d’olive – 90 g de sucre de canne – 50 g de poudre d’amande – le jus de 4 clémentines + le zeste râpé d’1 clémentine – 1/2 sachet de levure – 2/3 de cc de cannelle en poudre – l’intérieur gratté d’1/2 gousse de vanille Préchauffer le four à 170°C. Mélanger ensemble les éléments secs puis verser, tout en mélangeant bien, les ingrédients liquides. Il faut que la pâte soit souple, tout de même. Si ce n’est pas le cas, on peut ajouter un peu de jus de clémentine. Verser dans un petit moule à cake tapissé d’éco-papier-cuisson et enfourner pour 30 minutes minimum. Bien entendu, je vous laisse réaliser le fameux planté de couteau, VOUS êtes responsable de la cuisson car je ne connais pas votre four ! ;) Pendant ce temps (il en faut même moins) réaliser le glaçage avec le jus de 3 clémentines encore, et 3 CS de sucre de canne, le tout sur feu très doux. Laisser réduire tranquillement et verser sur le cake encore chaud lorsque c’est sirupeux. Le cake est mietteux, mieux vaut le découper quand il a refroidi. Mais c’est vraiment très bon :) |

Tofu à la sauce aigre-douce comme Alex
